Conseil des ministres du 22 mai : quand le pouvoir se contraint à reconnaitre l’évidence

26 mai 20260
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La dernière réunion du Conseil des ministres mérite que l’on s’y attarde. À cette occasion, le gouvernement a réussi un exercice assez singulier : démentir, avec une remarquable politesse bureaucratique, certaines de ses propres certitudes officielles. Voyons cela.

Le 20 mai dernier, l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah dénonçait, sur le plateau de GMT TV, une gouvernance du prestige, l’opacité des grands projets, les privilèges accordés au groupe burkinabè Ebomaf, une pratique du pouvoir davantage fascinée par l’annonce que par l’explication…

Quelques 48 heures à peine après cette sortie médiatique, l’Exécutif a, semble-t-il, soudainement découvert les vertus de la sobriété. Sinon, comment expliquer que dans la foulée, il ait fait ces étonnantes annonces : budget réduit, croissance revue à la baisse, FMI consacré partenaire stratégique, plafonnement annoncé des rémunérations dans le secteur public ?

Certes, le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas répondu à l’opposant. Mais c’était presque comme si. En procédant à un sévère collectif budgétaire, il a indirectement validé plusieurs des préoccupations soulevées par Michel Ongoundou Loundah.
Commençons par les chiffres.

Le projet de loi de finances rectificative 2026 ramène l’équilibre budgétaire de 6 358 à 5 495 milliards FCFA. Près de 863 milliards se sont évaporés entre la projection initiale et la réalité corrigée. Dans le même mouvement, la croissance attendue recule de 6,5 % à 4 %.

La justification officielle mérite toute attention car, curieusement, cette révision intègre les recommandations du FMI et prépare les futures négociations avec l’institution de Bretton Woods.
En clair, l’optimisme comptable de l’Exécutif a rencontré la comptabilité réelle.

Or c’est précisément ce que dénonçait Michel Ongoundou Loundah : une politique économique où circulent des montants impressionnants, des projets à plusieurs centaines de milliards, mais rarement la documentation minimale que tout contribuable est en droit d’exiger — coût exact, montage financier, échéancier, rentabilité économique, mécanismes de contrôle...

On note, au passage, que le gouvernement présente désormais son rapprochement avec le Fonds monétaire international comme une « nécessité stratégique » et un instrument de souveraineté économique. La formule est raffinée. Mais elle rappelle surtout une réalité bien connue. Lorsqu’un État invoque la souveraineté pour justifier un programme d’ajustement, c’est souvent que sa souveraineté budgétaire traverse une phase de délitement avancée.

Dans ce sens, justement, Michel Ongoundou Loundah avait exprimé son scepticisme : un pays qui s’oriente vers le FMI tout en conservant des habitudes de dépense ostentatoires prépare une cohabitation difficile entre la rigueur annoncée et les pratiques installées.

Le Conseil du 22 mai semble avoir entendu l’observation. Parmi ses mesures figure l’instruction présidentielle visant à plafonner les rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques, de sociétés d’État et de sociétés d’économie mixte.

Sur le papier, l’initiative semble louable, mais elle soulève néanmoins une question simple : si un plafonnement devient nécessaire, c’est qu’il existait vraisemblablement soit un plafond invisible, soit aucune volonté réelle d’en instaurer un.

Autrement dit, l’État découvre comme par magie que certaines rémunérations publiques méritaient un encadrement. Voilà une révélation intéressante, non parce qu’elle surprend les citoyens que nous sommes, mais parce qu’elle semble surprendre ceux qui administrent le système depuis des decennies.

Même tonalité sur le dossier Postebank.

Le Conseil reconnaît que le règlement de la situation des épargnants engage la crédibilité de l’État et exige une réponse diligente. On appréciera cette lucidité tardive. Mais le point le plus révélateur demeure sans doute celui qui n’apparaît nulle part dans le communiqué final  : « la pieuvre Ebomaf  ».

C’est vrai, le Conseil des ministres n’a pas prononcé le nom du groupe burkinabè. Et pourtant, l’actualité sociale, elle, s’en était déjà chargée. Depuis plusieurs semaines, en effet, des travailleurs d’Ebomaf dénoncent retards administratifs, absence de bulletins de salaire, incertitudes sur les congés, interrogations relatives aux cotisations sociales et tensions liées aux restructurations du personnel.

Dans un État attaché à la souveraineté économique, ces sujets devraient théoriquement susciter un niveau minimal d’attention publique, surtout lorsqu’ils concernent des opérateurs associés à des chantiers stratégiques.

Or la question soulevée par Michel Ongoundou Loundah demeure d’une simplicité presque embarrassante : combien coûtent exactement ces contrats ? Combien d’emplois nationaux durables créent-ils ? Quel transfert de compétences produisent-ils ? Quel contrôle public garantit leur exécution ? Ce sont des questions ordinaires dans un État moderne.

Apparemment, sous la Cinquième République, elles semblent au contraire bénéficier d’un statut plus ambitieux : celui de revendications téméraires et dérangeantes.

Le paradoxe national apparaît alors avec une netteté particulière. D’un côté, l’État annonce discipline budgétaire, réduction des dépenses, rationalisation salariale et partenariat renforcé avec les institutions financières internationales.

De l’autre, subsistent des zones d’opacité concernant certains grands contrats, leurs coûts consolidés, leurs impacts réels et leurs mécanismes de contrôle.

Austérité pour les finances publiques. Discrétion pour certaines explications publiques. L’équilibre conceptuel, ici, mérite d’être salué pour son originalité.

Et pourtant, derrière l’ironie, demeure une question sérieuse. Qui paiera le tribut de cette austérité annoncée ? L’histoire économique fournit rarement une réponse mystérieuse. Ce sont généralement les contribuables, les ménages les plus modestes, les petites entreprises et les services publics qui absorbent les conséquences des corrections budgétaires.

D’où une interrogation élémentaire : la rigueur exigée des citoyens sera-t-elle appliquée avec la même énergie aux centres de dépense, aux marchés publics sensibles et aux mauvaises pratiques de gouvernance qui ont rendu cette rigueur nécessaire ?

Car derrière les tableaux budgétaires, les négociations avec le FMI, les plafonnements salariaux et les corrections financières, une réalité demeure inchangée : l’argent public se fait de plus en plus rare. Et lorsqu’il devient rare, la transparence cesse d’être une vertu optionnelle. Elle devient une nécessité institutionnelle.

Le Conseil des ministres du 22 mai 2026 n’a pas cité Michel Ongoundou Loundah. Il ne l’a pas non plus véritablement contredit. En révisant brutalement ses prévisions, en consacrant la nécessité d’un rapprochement avec le FMI, en découvrant les vertus du plafonnement salarial et en laissant intactes plusieurs questions majeures relatives à la gouvernance économique, il a validé en quelque sorte une partie substantielle du diagnostic que l’opposant contestait implicitement.

En politique, il existe des démentis bruyants. Et puis il existe ces moments plus rares où un pouvoir, sans l’avouer, finit par administrer lui-même la preuve de ce qu’il contestait la veille.
Le conseil des ministres du 22 mai 2026 appartient clairement à cette seconde catégorie.

RDB

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